Grey Wiese
« Je rêvais qu’un jour, je pourrais changer la Russie »
Dans son interview accordée à Deutsche Welle, Sergey Grigoryev-Appolonov — Grey Wiese — parle de l’Allemagne et de Paris, de l’émigration, de l’identité et du chemin qui l’a conduit vers une vie dans laquelle il n’a plus besoin de correspondre aux attentes des autres.
Sergey vit en Allemagne depuis plus de vingt ans, mais partage aujourd’hui sa vie entre l’Allemagne et la France. Paris est devenu pour lui une nouvelle forme de défi : après la prévisibilité de la vie allemande, il voulait découvrir une autre langue, une autre culture et retrouver le sentiment de l’inconnu. Il ne se considère toutefois ni totalement allemand ni totalement russe, mais plutôt comme quelqu’un qui évolue entre plusieurs cultures.
Une partie importante de l’entretien est consacrée au style. Les talons, les silhouettes féminines et son goût pour la mode ne sont pas, pour Grey Wiese, une manière de jouer un rôle. Il se souvient que cette attirance esthétique remonte à l’enfance. Paris a simplement permis à cette facette de sa personnalité de devenir une composante plus naturelle de son quotidien.
Derrière cette apparente légèreté visuelle se cache pourtant une expérience bien plus complexe. Sergey évoque une jeunesse difficile à Saratov et explique comment ses premiers séjours en Allemagne lui ont fait découvrir une autre façon de vivre. Autrefois, dit-il, il rêvait de pouvoir changer la Russie. Plus tard, il est arrivé à une autre conclusion : plutôt que d’essayer de changer les autres, il pouvait construire sa propre vie heureuse.
L’interview aborde également largement la question de la notoriété. Les millions de vues, le harcèlement en ligne, la publicité et les algorithmes des réseaux sociaux font, selon Grey Wiese, simplement partie de la réalité professionnelle d’une personnalité publique. Son principe essentiel est de ne pas construire sa vie autour du regard des autres et de ne jamais devenir la copie de quelqu’un d’autre.
C’est pour cette raison que sa célèbre formule « С праздником » prend une dimension plus profonde. Il ne s’agit pas seulement d’une signature mémorable à la fin de ses vidéos, mais d’une véritable philosophie personnelle : savoir remarquer la vie et s’autoriser à éprouver de la joie, même lorsque le monde qui nous entoure est loin d’être parfait.
Aujourd’hui, Grey Wiese affirme se sentir heureux — et il ne relie pas ce bonheur à Paris, à l’Allemagne ou à son statut de blogueur, mais avant tout à son état intérieur.
Peut-être que le véritable fil conducteur de son histoire n’est ni l’émigration ni la provocation, mais le droit de cesser un jour de vouloir changer le monde autour de soi pour commencer à construire le sien.